Or, argent et pétrole en 2026, comment la guerre en Iran a bouleversé les marchés financiers

Analyse actualisée au 29 octobre 2026

En janvier 2026, l’or franchissait les 5 000 dollars l’once et l’argent dépassait les 100 dollars, tandis que le pétrole évoluait autour de 65 dollars le baril. Neuf mois plus tard, le Brent dépassait 110 dollars, alors que l’or était revenu autour de 4 050 dollars et l’argent près de 54 dollars.

Cette divergence est d’autant plus surprenante que les conflits militaires favorisent généralement la recherche de valeurs refuges.

Pourquoi la guerre a-t-elle finalement davantage profité au pétrole qu’aux métaux précieux ?

La réponse réside dans les interactions entre l’approvisionnement énergétique, l’inflation, les décisions de la Réserve fédérale américaine (Fed), les rendements obligataires et le dollar.

Janvier et février, la montée des tensions favorise l’or et l’argent

Les premières semaines de 2026 sont marquées par les manifestations en Iran, le durcissement des déclarations américaines et le renforcement de la présence militaire des États-Unis au Moyen-Orient.

Les négociations engagées en février autour du programme nucléaire iranien entretiennent l’espoir d’une issue diplomatique, tandis que les marchés commencent à intégrer le risque d’une confrontation militaire.

Cette incertitude favorise l’or, recherché pour sa capacité à diversifier les patrimoines, tandis que la faiblesse du dollar soutient les achats internationaux de métaux précieux.

Lorsque le dollar recule, l’or et l’argent deviennent généralement plus accessibles aux investisseurs utilisant d’autres monnaies, ce qui peut stimuler leur demande.

Fin janvier, l’or dépasse ainsi les 5 000 dollars l’once et l’argent franchit les 100 dollars.

Le 30 janvier marque cependant un premier retournement avec l’annonce de Kevin Warsh comme candidat à la présidence de la Fed. Sa réputation de partisan d’une politique monétaire rigoureuse ravive les anticipations de taux d’intérêt élevés, provoquant une forte correction des métaux précieux.

Les investisseurs prennent leurs bénéfices et réévaluent l’attrait relatif de l’or face aux placements rémunérés.

Mars, la guerre transforme la crise géopolitique en choc énergétique

Le 28 février, les frappes américaines et israéliennes contre l’Iran déclenchent un conflit régional, auquel Téhéran répond par des attaques contre plusieurs pays voisins et des restrictions à la navigation dans le détroit d’Ormuz.

Ce passage stratégique assure habituellement le transit d’une part considérable des exportations mondiales de pétrole et de gaz naturel liquéfié.

Les perturbations du trafic maritime font immédiatement grimper les cours pétroliers, car les acheteurs craignent une raréfaction des approvisionnements.

Cette flambée provoque une réaction en chaîne sur les marchés financiers.

Un pétrole plus cher renchérit les transports, la production et l’énergie, alimentant ainsi l’inflation.

Or, lorsque l’inflation menace de s’installer durablement, les investisseurs anticipent une politique monétaire plus restrictive de la Fed.

Ces anticipations peuvent faire progresser les rendements des obligations américaines, notamment les bons du Trésor à dix ans, dont la rémunération est déterminée quotidiennement par les marchés.

La comparaison devient alors défavorable aux métaux précieux, qui présentent une caractéristique fondamentale.

Une obligation procure des intérêts, tandis que la détention d’or physique repose sur l’évolution de sa valeur.

Lorsque les rendements réels des obligations, c’est-à-dire leur rémunération après prise en compte de l’inflation anticipée, augmentent, le coût d’opportunité de la détention d’or s’accroît.

La perspective de taux américains élevés peut également soutenir le dollar en attirant les capitaux internationaux.

La guerre exerce donc deux forces opposées sur l’or, avec une demande de protection favorable aux cours et des conditions monétaires susceptibles de les pénaliser.

Pendant cette période, la seconde force prend progressivement le dessus, tandis que le pétrole bénéficie directement des perturbations de son approvisionnement.

Avril à juin, les cessez-le-feu révèlent l’influence déterminante de la Fed

Le 8 avril, une trêve de deux semaines annoncée sous médiation pakistanaise apporte un premier apaisement aux marchés.

La perspective d’une reprise du trafic pétrolier réduit temporairement la prime de risque géopolitique, cette survalorisation que les acheteurs acceptent de payer pour se prémunir contre une pénurie.

Mais les conséquences inflationnistes du conflit continuent de se faire sentir dans l’économie américaine.

En mai, les statistiques officielles révèlent une inflation de 3,8 % sur un an pour le mois d’avril, largement alimentée par la hausse des prix de l’énergie.

Kevin Warsh prend officiellement la présidence de la Fed le 22 mai, alors que la banque centrale doit préserver la stabilité des prix tout en tenant compte de la croissance économique.

Le 17 juin, Washington et Téhéran signent un protocole d’accord prévoyant de nouvelles négociations, notamment sur la liberté de navigation dans le détroit d’Ormuz et les sanctions pétrolières.

Ce même jour, la Fed maintient ses taux directeurs entre 3,50 % et 3,75 %, soulignant la persistance des pressions inflationnistes.

Les marchés restent ainsi partagés entre les perspectives d’apaisement géopolitique et celles d’un maintien prolongé des taux élevés.

Cette période illustre une distinction essentielle, puisque la détente sur le pétrole peut favoriser l’or lorsque les investisseurs anticipent simultanément un recul de l’inflation et des rendements obligataires.

Juillet et août, l’échec diplomatique prolonge la crise pétrolière

Fin juin, les attaques contre des navires commerciaux provoquent une reprise des opérations militaires américaines, intensifiée au début du mois de juillet.

Le protocole d’accord perd progressivement sa portée, tandis que les États-Unis rétablissent leur blocus des ports iraniens et que les tensions maritimes persistent.

Le Brent repart à la hausse et franchit les 100 dollars le 23 juillet, illustrant la sensibilité du marché pétrolier à chaque menace sur les voies d’approvisionnement.

À l’inverse, l’or et l’argent connaissent plusieurs séances de repli, alimentées par les perspectives de resserrement monétaire.

Le 29 juillet, la Fed maintient encore ses taux, mais trois de ses membres se prononcent en faveur d’une augmentation immédiate.

En août, les sanctions américaines se renforcent et le délai prévu par l’accord de juin expire sans règlement durable.

La prime de risque pétrolière se maintient, tandis que les investisseurs surveillent davantage les perspectives d’inflation et de taux que les annonces militaires prises isolément.

L’argent présente une vulnérabilité supplémentaire, liée à sa double fonction de métal précieux et de matière première industrielle.

Selon le Silver Institute, le marché devrait connaître en 2026 une sixième année consécutive de déficit d’approvisionnement, mais la demande industrielle pourrait simultanément reculer d’environ 2 %.

Ce paradoxe s’explique notamment par les économies de métal réalisées dans le photovoltaïque et par les substitutions technologiques.

La rareté physique soutient donc ses fondamentaux, tandis que les anticipations économiques et les mouvements spéculatifs amplifient ses variations de cours.

Septembre, la Fed relève ses taux et confirme le changement de régime monétaire

Le regain des tensions au Moyen-Orient et les perturbations persistantes des flux pétroliers alimentent une nouvelle flambée du Brent, qui dépasse temporairement les 120 dollars le baril.

Face à une inflation toujours élevée et à une activité américaine résistante, la Fed décide le 16 septembre de relever ses taux directeurs de 0,25 point, portant leur fourchette entre 3,75 % et 4 %.

Cette décision confirme un changement important dans les anticipations de marché, avec une politique monétaire désormais orientée vers le resserrement.

Les rendements obligataires progressent, augmentant l’attrait des placements rémunérés face aux métaux précieux.

Toutefois, la relation entre les taux américains et le dollar demeure relative, car les décisions des autres banques centrales, les écarts de rémunération internationaux et les flux de capitaux interviennent également.

En septembre, le dollar connaît ainsi des épisodes de faiblesse malgré la remontée des rendements américains.

L’or termine le mois autour de 4 160 dollars l’once et l’argent autour de 60 dollars, sensiblement en dessous de leurs sommets de janvier.

Octobre, le pétrole résiste tandis que l’or et l’argent restent sous pression

Le conflit entre dans son huitième mois, avec de nouvelles attaques contre des navires, des installations pétrolières et des infrastructures régionales.

Les tensions s’étendent notamment à l’Arabie saoudite, où les Houthis revendiquent une attaque contre la raffinerie de Ras Tanura.

Le Brent dépasse à nouveau les 115 dollars fin octobre, tandis que les tentatives de médiation conduites notamment par le Qatar, l’Arabie saoudite, la Turquie et le Pakistan entretiennent des fluctuations importantes.

Le 14 octobre, les chiffres américains de l’inflation montrent une progression annuelle des prix de 3,7 % en septembre, avec une hausse mensuelle particulièrement marquée de l’essence.

Ces données confortent la prudence de la Fed face aux risques inflationnistes.

Le 28 octobre, la banque centrale maintient finalement ses taux entre 3,75 % et 4 %, malgré les votes de deux responsables favorables à une nouvelle hausse.

Le même jour, le rendement des obligations américaines à dix ans atteint environ 5,05 %, illustrant la rémunération désormais offerte par les titres du Trésor.

L’or évolue alors autour de 4 040 dollars l’once, l’argent près de 54 dollars et le Brent autour de 115 dollars le baril.

Ces niveaux résument la transformation progressive du marché depuis janvier, avec un pétrole durablement soutenu par les contraintes d’approvisionnement et des métaux précieux pénalisés par les rendements obligataires élevés.

Au 29 octobre, les efforts diplomatiques se poursuivent, tandis que les désaccords concernant le programme nucléaire iranien, les sanctions et la navigation dans le détroit d’Ormuz maintiennent une incertitude importante.

Ce que 2026 nous apprend sur l’or et l’argent

Le conflit iranien révèle une réalité fondamentale, celle d’un marché où les conséquences économiques d’une guerre peuvent exercer davantage d’influence que la guerre elle-même.

La raréfaction du pétrole fait monter son prix, favorise l’inflation et incite les banques centrales à conserver une politique monétaire restrictive.

Cette politique soutient potentiellement les rendements obligataires et le dollar, deux facteurs qui peuvent peser sur les cours de l’or et de l’argent.

L’intensité de ces relations dépend toutefois de la croissance, de l’évolution des taux réels et des décisions monétaires prises dans les autres économies.

L’or réagit donc aux crises, mais également à la manière dont les banques centrales choisissent d’y répondre.

Pour l’argent, cette lecture doit intégrer une dimension supplémentaire, celle de la demande industrielle et des perspectives de croissance mondiale.

Enfin, pour les investisseurs français, l’évolution du taux de change euro-dollar constitue un facteur essentiel, puisque la valeur de leurs métaux précieux en euros peut évoluer différemment de leur cotation internationale en dollars.

Comprendre ces mécanismes permet d’interpréter les fluctuations avec davantage de recul et d’inscrire les décisions d’achat, de conservation ou de vente dans une stratégie patrimoniale cohérente.

Chez Abacor, nous mettons notre expertise des métaux précieux et des marchés monétaires au service de décisions éclairées, fondées sur la transparence des cours et la compréhension des facteurs qui influencent leur évolution.

3.7/5 - (3 votes)
01 48 04 76 06
0
    0
    Votre panier
    Votre panier est videCommencer mes achats