Pourquoi le cours de l’or baisse suite au conflit au Moyen-Orient ?

Voir l’or refluer alors que la géopolitique s’embrase surprend, tant le métal jaune incarne depuis des siècles la valeur refuge des périodes tourmentées. Pourtant, entre la fermeture des marchés le 28 février 2026 et l’ouverture des marchés le 23 mars, l’or est passé de 5 296 à 4 403 dollars l’once, soit une baisse de 16,86 % en un peu plus de trois semaines.

Le mouvement observé depuis plusieurs séances s’inscrit donc dans une mécanique de marché où le besoin de liquidité, les taux réels et les arbitrages institutionnels l’emportent temporairement sur le réflexe patrimonial classique.

Les chiffres résument à eux seuls cette brutalité. En effet, le 23 mars 2026, l’or a cédé près de 5% en séance et a touché un plus bas autour de 4 097,99 dollars l’once, soit une chute d’environ 22% depuis le déclenchement du conflit et d’environ 25% depuis le record historique du 29 janvier 2026 à 5 594,82 dollars. 

Dans le même temps, le baril de pétrole Brent a franchi 113 dollars, les rendements obligataires américains à dix ans ont dépassé 4,4% et les investisseurs ont relevé leurs anticipations de politique monétaire plus restrictive.

Le dollar domine la séquence

Le premier moteur de la baisse actuelle réside dans la domination écrasante du dollar. En période de stress systémique, les gérants mondiaux cherchent d’abord l’actif le plus liquide et le plus universellement accepté pour honorer les paiements, couvrir les engagements et absorber les chocs. Cet actif reste le billet vert et on observe d’ailleurs que la hausse du dollar accompagne la chute de plusieurs devises émergentes, en particulier la roupie indienne, qui reculent fortement sous les pressions énergétique et financière.

Comme l’or est coté en dollars, chaque raffermissement de la devise américaine renchérit immédiatement le métal pour les acheteurs qui raisonnent en euros, en roupies, en livres turques ou en dirhams et cette hausse du prix local comprime la demande internationale au moment même où les marchés recherchent de la souplesse de trésorerie. Autrement dit, l’or garde sa fonction patrimoniale, mais son accessibilité relative se dégrade quand le dollar s’apprécie trop vite.

Le pétrole ravive l’inflation

Le second facteur relève de la macroéconomie pure car le conflit a poussé le pétrole à des niveaux très élevés, avec un Brent monté au-dessus de 113 dollars, soit une progression mensuelle supérieure à 55%. Or un choc pétrolier de cette ampleur ravive l’inflation importée, c’est-à-dire une inflation transmise par l’énergie, les transports, la chimie, l’industrie et plus largement toute la chaîne des coûts. Cette perspective pousse les marchés à envisager une Réserve fédérale plus prudente dans son calendrier d’assouplissement.

La Fed a maintenu le 18 mars 2026 son taux directeur dans une fourchette de 3,50 à 3,75%, tout en soulignant que les implications des événements au Moyen-Orient pour l’économie américaine demeuraient incertaines. Parallèlement, le rendement du Treasury à dix ans a franchi 4%. 

Pour un investisseur, ce détail change tout car l’or ne distribue aucun coupon, alors qu’une obligation souveraine américaine offre un rendement explicite, adossé à la signature de l’État fédéral. Quand le marché revalorise les taux et redoute une inflation plus tenace, le coût d’opportunité de la détention d’or augmente fortement.

En langage simple, l’arbitrage devient plus exigeant entre un actif de protection sans revenu courant et un papier d’État rémunéré autour de 4% et beaucoup d’institutionnels réallouent une partie de leurs positions, surtout lorsque la nervosité gagne l’ensemble des classes d’actifs. Cette bascule reste souvent transitoire, mais elle pèse puissamment sur le prix à court terme.

Les appels de marge provoquent des ventes forcées

Le troisième moteur, souvent le plus violent à court terme, concerne les ventes contraintes. Lorsque les marchés actions, les cryptomonnaies et certains segments du crédit corrigent brutalement, de nombreux fonds reçoivent des appels de marge. L’appel de marge désigne une demande de liquidités supplémentaires formulée par un intermédiaire financier pour couvrir des pertes latentes ou maintenir des garanties réglementaires. Dans ce contexte, les gérants vendent d’abord ce qui se revend vite, avec profondeur de marché et plus-values accumulées et l’or entre précisément dans cette catégorie.

C’est ici que le paradoxe prend forme car un actif acheté pour sécuriser un portefeuille peut devenir la première source de trésorerie lorsque la volatilité s’emballe. Reuters souligne d’ailleurs que les ventes forcées et la rotation vers les matières premières énergétiques ont accentué la pression sur les métaux précieux ces dernières semaines. Cette logique de liquidité explique pourquoi un actif protecteur peut corriger au moment même où l’incertitude géopolitique atteint un sommet.

Le Moyen-Orient est un marché central pour l’or

Il faut également rappeler l’importance du Moyen-Orient dans l’écosystème aurifère pour vous permettre de mieux lire la séquence actuelle. Selon le World Gold Council, la demande d’investissement en barres et pièces d’or a atteint 118,2 tonnes au Moyen-Orient en 2025, contre 109,9 tonnes en 2024. L’Iran représente à lui seul 46,2 tonnes, devant l’Arabie saoudite à 17,5 tonnes et les Émirats arabes unis à 14,8 tonnes. Ces chiffres illustrent le poids culturel, patrimonial et financier de l’or dans la région.

Le même rapport montre toutefois que la flambée des prix a remodelé les comportements partout dans le monde. La demande mondiale totale d’or a dépassé 5 000 tonnes en 2025, un record historique, portée par l’investissement, les ETF et les achats de détail, tandis que la joaillerie reculait dans un environnement de prix très élevés.

Autrement dit, le Moyen-Orient demeure une zone qui achète beaucoup d’or et une baisse de la demande, dans un contexte de dollar fort, avec des rendements obligataires élevés et des ventes forcées à l’échelle mondiale, explique pour beaucoup la baisse de près de 25% du cours de l’or suite au déclenchement du conflit au Moyen-Orient .

Le marché avait déjà largement anticipé le conflit

Dernier ressort de cette correction, la psychologie de marché, car en effet, le cours de l’or avait déjà intégré une large prime géopolitique avant même le déclenchement effectif des frappes de fin février. Le record du 29 janvier 2026, puis la succession de sommets atteints en 2025, montrent que le marché avait longuement capitalisé sur l’instabilité internationale, mais aussi sur les achats massifs des banques centrales liées à la recherche de diversification des réserves stratégiques. Une fois le choc devenu concret, une partie des opérateurs a choisi d’encaisser ses gains, c’est ce que les salles de marché appellent couramment un mouvement de prise de bénéfices sur événement, qui est souvent résumé par la formule acheter la rumeur puis vendre la nouvelle

La baisse actuelle de l’or ne remet donc nullement en cause son rôle stratégique dans une logique de préservation patrimoniale à long terme. Elle révèle plutôt qu’en phase de choc géopolitique inflationniste, le marché privilégie d’abord le dollar, ensuite les rendements réels, puis la liquidité immédiate. L’or retrouve généralement toute sa force lorsque la panique initiale se transforme en lecture plus durable des déséquilibres monétaires, budgétaires et géopolitiques. À ce stade, le métal jaune reste d’ailleurs en hausse de 42% sur un an malgré la correction récente, ce qui rappelle sa tendance de fond haussière.

Pour un épargnant comme pour un chef d’entreprise, la bonne lecture consiste donc à distinguer le temps court du marché et le temps long du patrimoine. Le premier adore les arbitrages fulgurants, tandis que le second récompense surtout la cohérence, la diversification et la discipline. C’est précisément dans ces séquences contrastées que l’expertise prend toute sa valeur.

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